Dans sa première exhortation apostolique « Je t’ai aimé », le pape Léon XIV nous invite à nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, des Pères de l’Église, des témoins de la charité, des papes et des conciles afin de nous convaincre que, de tout temps, l’Église a eu le souci des pauvres, non seulement en leur apportant l’aide nécessaire mais aussi et surtout en les aimant !
« Lorsque l’Église s’agenouille auprès d’un lépreux, d’un enfant sous-alimenté ou d’un mourant anonyme, elle réalise sa vocation la plus profonde : aimer le Seigneur là où il est le plus défiguré » (§52).
La conclusion pour aujourd’hui de ce pèlerinage à travers le temps est évidente : nous ne pouvons ignorer les pauvres ou nous enfermer dans une indifférence à leur égard. Méfions-nous d’une « culture qui rejette les autres sans même s’en rendre compte et qui tolère avec indifférence que des millions de personnes meurent de faim ou survivent dans des conditions indignes de l’être humain » (§ 11). Le pape nous entraîne encore plus loin dans cette conversion du regard : il nous faut reconnaître chez les pauvres la présence du Christ.
« Nous ne sommes pas dans le domaine de la bienfaisance, mais dans celui de la Révélation : le contact avec ceux qui n’ont ni pouvoir ni grandeur est une manière fondamentale de rencontrer le Seigneur de l’histoire. A travers les pauvres, il a encore quelque chose à nous dire (§ 5). « Ils ne sont pas seulement objet de notre compassion, mais des maîtres d’Évangile » (§79).
Le pape ne craint pas non plus de nous rappeler l’importance de l’aumône dénonçant les arguments qui nous feraient renoncer à celle-ci. Il en souligne le mérite : « Elle invite au moins à s’arrêter et à regarder la personne pauvre en face, à la toucher et à partager avec elle quelque chose de soi-même » (§116).
A ceux qui s’en inquiéteraient, faut-il préciser que l’aumône n’est pas exclusive de la justice sociale : « Les structures d’injustice doivent être reconnues et détruites par la force du bien, par un changement de mentalités… par le développement de politiques efficaces pour la transformation de la société » (§97).
Pour conclure cet éditorial, comment ne pas citer la conclusion de l’exhortation :
« Une Église qui ne met pas de limites à l’amour, qui ne connaît pas d’ennemis à combattre, mais seulement des hommes et des femmes à aimer, est l’Église dont le monde a besoin aujourd’hui » (§120). Puissions-nous être cette Église !

Mgr Pascal Delannoy
Archevêque de Strasbourg
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